Des pionniers influents du shoegaze à la conquête des classements durant l’ère Britpop, avant de connaître une période de réunion triomphale, The Boo Radleys ont suivi un parcours peu conventionnel dans lequel l’expérimentation sonore incessante a toujours été une marque de fabrique. Aujourd’hui, le trio - les membres originaux Simon « Sice » Rowbottom (chant, guitare, claviers), Tim Brown (basse, guitare, claviers, chant) et Rob Cieka (batterie, chant) - prouve que leur inspiration, nourrie depuis des décennies, est plus forte que jamais en annonçant la sortie de leur nouvel album In Spite of Everything le 1er mai.
In Spite of Everything est un disque conçu à la suite de la perte tragique du fils aîné de Tim. Le nouveau single de l’album, Living Is Easy, se concentre sur ce chagrin total et sur le sentiment d’impuissance qui l’accompagne.
Comme l’explique Tim :
« À deux heures du matin, assis à réfléchir à notre perte pendant la veillée funèbre de mon enfant, je me suis surpris à repenser à tous les grands événements d’actualité qui m’avaient marqué au fil des années et au sentiment d’impuissance que je ressentais parfois face à l’impossibilité de changer quoi que ce soit. Écrire le dernier couplet a été la chose la plus difficile et la plus personnelle que j’aie jamais faite. Le parcours et la perte de mon enfant m’ont profondément transformé, mais ils me rappellent aussi, même dans ces moments les plus sombres, tout ce pour quoi je peux être reconnaissant. À travers cette chanson, j’espère honorer sa mémoire et la lumière qu’il a apportée dans nos vies. »
Et pourtant, même dans les profondeurs du chagrin, il subsiste souvent de brefs rappels que la vie - et ses innombrables merveilles - vaut toujours la peine d’être vécue. Cette dichotomie est particulièrement familière à Sice dans son activité professionnelle de psychologue : la douleur et la souffrance vécues par ses patients doivent être prises en compte, mais il faut aussi nourrir l’espoir d’un avenir meilleur.
Ainsi, In Spite of Everything est un album qui oppose perte et lumière. Ces extrêmes sont particulièrement représentés par ses deux derniers morceaux. La douleur déchirante de la perte frappe dans Song For Natalie, un titre dans lequel le deuil est canalisé dans un paysage sonore post-rock oppressant et bourdonnant, tandis que le tourbillon intense d’émotions est encore amplifié par la franchise directe des paroles. L’album se conclut ensuite avec Wasn’t I Enough?, où de magnifiques textures sonores émergent du chaos qui l’entoure - symbole de la manière dont la musique peut offrir quelque chose de profondément vital même au cœur des circonstances les plus dévastatrices.
Pourtant, malgré la complexité de ses émotions (abordant aussi des thèmes liés comme l’introspection brûlante, le chaos de la nature, les amitiés brisées et le jugement des décisions les plus importantes de la vie), In Spite of Everything conserve la plupart du temps une énergie irrépressible. Comme ils l’ont toujours démontré, The Boo Radleys possèdent un talent inimitable pour trouver des mélodies séduisantes dans des sons décalés - une qualité que l’on retrouve dans des moments forts comme le cocktail post-punk/psych Affected / Rejected ; l’attrait indie-pop lumineux de Do Better, Know Better avec ses allusions au rock artistique des années 70 ; et les grooves funk entraînants de ce qui est sans doute son moment le plus immédiat, Bring Them Back Again.
En bref, c’est le son de The Boo Radleys utilisant des touches de leur catalogue essentiel comme fondation pour une aventure inspirée vers de nouveaux territoires.
The Boo Radleys se sont formés à Wallasey, dans le Wirral, et se sont fait connaître avec les albums Ichabod and I (1990) et Everything’s Alright Forever (1992). Mais c’est Giant Steps (1993) qui les a révélés comme de véritables visionnaires, fusionnant shoegaze, psychédélisme, dub reggae, jazz et harmonies inspirées des Beach Boys, au point d’être élu album de l’année par le NME. Wake Up! les a ensuite propulsés à la première place des charts au sommet de la Britpop en 1995, porté par l’énorme succès Wake Up Boo!. Plutôt que de simplement répéter la formule de Wake Up!, ils ont choisi d’aller vers quelque chose de plus audacieux et non conventionnel avec C’mon Kids (1996) - un disque qui n’atteindra jamais les mêmes sommets commerciaux, mais qui gagnera néanmoins un statut culte auprès des fans.